La justice ordonne à l’état français d’intensifier la dératisation de la prison de Fresnes

Si le tribunal administratif de Melun reconnaît que « la situation est en voie d’amélioration », toutes les actions « n’ont pas encore été engagées » pour faire face aux problèmes d’insalubrité.

Le tribunal administratif de Melun, saisi en urgence par l’Observatoire international des prisons (OIP), a ordonné à l’Etat, jeudi 6 octobre, d’« intensifier » notamment les actions de dératisation à la prison de Fresnes (Val-de-Marne). Si le tribunal reconnaît dans sa décision que « la situation est en voie d’amélioration », toutes les actions « n’ont pas encore été engagées ».
C’est pourquoi l’administration pénitentiaire devra « dans les meilleurs délais (…) bétonner des zones sableuses de l’établissement, (…) reboucher les égouts par lesquels les rats peuvent s’infiltrer (…) et intensifier l’action de dératisation », établit l’ordonnance du juge des référés, Bernard Godbillon.
« On prend acte de la décision, que l’on va étudier plus précisément », a dit à l’Agence France-Presse le ministère de la justice, sans se prononcer sur un éventuel appel. « Le juge reconnaît que la situation est en voie d’amélioration, mais on va intensifier les efforts comme demandé », a-t-il ajouté.

Une maladie potentiellement mortelle

« C’est une victoire pour l’OIP, qui force une fois encore l’administration à la réaction grâce au juge, a réagi Patrice Spinosi, avocat de l’association. Désormais, le plus important, c’est le suivi de ces mesures. L’ARS [Agence régionale de santé] doit y veiller, mais l’OIP sera également vigilant. »
Lors de l’audience, mercredi, l’OIP avait présenté plusieurs témoignages de détenus se plaignant, entre autres, de lits infestés de punaises, d’odeurs pestilentielles de rats morts et de l’invasion de centaines de cafards.

L’administration pénitentiaire a rappelé avoir mis en œuvre un plan d’action, depuis février, après que deux détenus eurent contracté la leptospirose, une maladie potentiellement mortelle transmise par les rats.

« 150 millions d’euros prévus pour l’entretien »

« La réalité n’a pas été niée par l’Etat, puisque nous avions engagé des procédures depuis un moment. Nous prenons la condamnation comme une invitation à continuer les efforts », a dit le ministre de la justice, Jean-Jacques Urvoas, interrogé par des journalistes en marge d’un déplacement en Lot-et-Garonne.
« C’est une problématique qui ne concerne pas que Fresnes, malheureusement. La Cour des comptes avait dit, en 2011, qu’il faudrait dans le budget de l’Etat environ 130 à 150 millions d’euros pour l’entretien » des parties publiques des bâtiments.
Or, depuis vingt ans, « l’Etat n’en est qu’à 50 millions », a ajouté le ministre. « Il arrive un moment où l’absence d’entretien se traduit par des dégradations », a-t-il dit, affirmant que « dans le budget de cette année, il y [aurait] 150 millions prévus pour l’entretien ».

Les problèmes d’insalubrité à Fresnes, où le taux de surpopulation dépasse les 200 % dans la maison d’arrêt pour hommes, ont été signalés depuis plusieurs mois. A la fin de 2012, le Conseil d’Etat, déjà saisi par l’OIP, avait ordonné la dératisation et la désinsectisation sous dix jours de la prison des Baumettes, à Marseille.

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